Projet EPIDENGUE

Rapports à la maladie dans le contexte actuel d’épidémie de Dengue

 

Thème 2 : Enseignement-apprentissage, savoirs et médiations en contextes

2A- Rapports aux savoirs et littératies

2B-Didactiques et professionnalisation

 

Présentation du projet EPIDENGUE

En combinant des expertises fortement complémentaires et en permettant le croisement de regards pluridisciplinaires, l’ambition du projet est d’analyser les rapports de la population réunionnaise à la Dengue et à ses traitements, tout en valorisant la diversité des pratiques sociales et culturelles des individus (atteints de la Dengue ou non), ainsi que la biodiversité régionale, dans un contexte où les traitements contre la Dengue font défaut.

 

Projet financé : oui

Montant : total de 30 000 euros (dont 8000 euros pour Icare)

Cadre Projets incitatifs, projet validé par l’université de La Réunion

Membres Icare impliqués : Maryvette Balcou-Debussche (responsable), Delphine Ballet et Jessica Caroupin, doctorantes, ingénieures de recherche.

Partenaires : Laboratoire PIMIT de l’université (P. Krejbich, Ch. El Kalamouni) ; CIRE Océan Indien (J.L. Solet), APLAMEDOM (Cl. Marodon), ARS (Dr Chieze ; H. Thébault).

 

Contexte de la recherche 

La situation géographique en zone inter-tropicale de La Réunion rend l’île particulièrement vulnérable à l’émergence de maladies infectieuses à transmission vectorielle. En 2005-2006, la population réunionnaise a été confrontée à une épidémie majeure de Chikungunya transmise par le moustique Aedes albopictus. Avec 6589 cas recensés depuis le début de l’année 2018, la population fait face à une épidémie de Dengue qui fait craindre un scénario identique à celui du Chikungunya, notamment en raison de l’arrivée de la saison chaude et humide favorable à la prolifération des moustiques Aedes impliqués dans la transmission de cette arbovirose (CIRE Océan Indien, 2018). Cette menace épidémique s’inscrit dans un contexte de mutations sociales rapides qui impactent les rapports au monde, les modes de déplacement, l’habitat, les pratiques alimentaires et les parcours de soins (Wolff, Watin, 2010 ; Balcou-Debussche, 2006, 2010, 2013), d’où le projet de recherche pluridisciplinaire présenté ici et la mise en dialogue de différents experts mobilisés autour de cette nouvelle menace épidémique.

 

Cadre théorique 

Le projet associe des domaines d’expertise très complémentaires : les Sciences Humaines et Sociales (laboratoire Icare, EA 7389), les Sciences, technologies et Santé (Unité mixte de recherche PIMIT, UMR 134, UR INSERM U1187, CNRS 9192, IRD 249), l’association pour les plantes aromatiques et médicinales de La Réunion (APLAMEDOM), l’Agence Régionale de Santé (ARS-OI) et la Cellule de l’INVS en région Océan Indien (CIRE-OI).

La recherche socio-anthropologique portée par l’équipe du laboratoire Icare (partie 1 du projet Epidengue) prend appui sur de nombreux travaux antérieurs qui ont souligné les ancrages complexes et la variété des rapports à la santé et à la maladie dans la population réunionnaise (Benoist, 1983, 1993, 1996 ; Balcou-Debussche, 2006, 2010, 2015 ; Balcou-Debussche & Rogers, 2015). La perspective retenue ici consiste dès lors à penser et construire la transition et les médiations entre les savoirs pluriels de la population et les propriétés anti-infectieuses de la pharmacopée traditionnelle issue de la bioversité locale (Marodon, Brillant, 2006), en travaillant dans le contexte actuel d’épidémie de Dengue.  

 

Problématisation et hypothèses

Le projet inscrit la population réunionnaise au cœur du dispositif des recherches de molécules bioactives en inversant la démarche habituelle qui consiste à cribler, bien souvent à l’aveugle, des molécules avant de les proposer comme médicaments, après de longues années de mise à l’épreuve. Selon une démarche inversée très proche de celle que nous avons développée dans le projet OPTIRICE (Balcou-Debussche, 2015, 2016), il s'agit d’abord d'identifier la diversité des pratiques de prévention et de soins mobilisées par la population réunionnaise confrontée à l'épidémie de dengue en vue de tester et de valider les activités pharmacologiques et biologiques anti-infectieuses de plantes médicinales dont l’usage aura été révélé. L’hypothèse principale considère que la prévention et les soins liés à la Dengue reposent sur des savoirs plus ou moins stabilisés qui conduisent la population à avoir recours à une pluralité de pratiques, allant d’usages traditionnels à des systèmes composites qu’il s’agit donc d’identifier, afin d’écarter toute menace éventuelle pour la santé.

 

Méthodologie et perspectives d’analyse

=> Exploration de la diversité des pratiques des réunionnais via des entretiens semi-directifs en face à face et à domicile auprès de personnes vues dans les cabinets médicaux, chez les tisaneurs, sur les marchés, afin de faire émerger les vertus et usages de plantes médicinales locales utilisées en tant que traitement préventif et/ou curatif contre la Dengue.

=> Identification et caractérisation de la diversité des pratiques des réunionnais en matière de prévention et de soins : répertorier et sélectionner, parmi les pratiques encore inconnues et spécifiques au contexte épidémique, celles relevant de médications originales à base de plantes médicinales issues de la biodiversité régionale. Un échantillon des plantes citées sera collecté dans un herbier.

 

Terrain investigué

=> La Réunion (dont les quartiers dans lesquels la Dengue sévit le plus).

=> Personnes majeures ayant eu ou non la dengue et utilisant des plantes pour se soigner et/ou prévenir les maladies.

 

Résultats attendus / Retombées

=> Identification des rapports des réunionnais à la Dengue, en tenant compte du contexte épidémique actuel.

=> Valorisation de la diversité des pratiques sociales et culturelles de la population réunionnaise et mise en exergue de la biodiversité régionale, dans un contexte où les traitements contre la Dengue font défaut.

=> Validation des activités biologiques des extraits de plantes collectées et test des activités biologiques et antivirales des extraits de plantes. L’équipe PIMIT, partenaire du projet EPIDENGUE, bénéficiera de l’ouverture de la plateforme d’infectiologie PLATIN-OI sur le site du CYROI pour réaliser cette étude dans un confinement de niveau 3 requis pour la manipulation du virus de la Dengue.

=> Formation / information de la population dans une perspective de prévention optimisée.

 

Perspectives de valorisation

=> Restitution des résultats en direction du grand public, en lien avec la présentation des analyses de la circulation inter-épidémique et les interventions en direction de la population. L’ensemble des résultats de la recherche pluridisciplinaire, dont la possible mise en évidence de pratiques dangereuses pour la santé, seront valorisés par des publications dans les domaines respectifs des SHS/STS et via l’organisation d’un séminaire partenarial fin 2019.

=> Inscription de la démarche dans la politique régionale de valorisation de la biodiversité, le développement d’une spécialisation réunionnaise à travers une « solution en bio-économie tropicale au service de l’économie de l’humain / du vivant ».

=> Accompagnement de la population, en proximité, par les pharmaciens de la Réunion et diffusion de la recherche par la CIRE-OI.

=> Sensibilisation de nos étudiants en Licence, Master, Doctorat, à l'Université.

=> Développement des perspectives et du rayonnement au-delà de La Réunion, dans l'Océan Indien (Maurice, Mayotte, Comores, Seychelles, Madagascar..), en soulignant le partenariat fructueux entre STS et SHS pour relever de prochains défis sanitaires.

=> Prolongement et amplification de cette recherche en sollicitant des fonds européens.