Projet Interfaces ESI

Ecole et Société(s) inclusives 

 

Interfaces

Ecole et société(s) inclusives

Etat des savoirs à La Réunion et Mayotte

 

Présentation du projet ESI

Dans une démarche de recherche-intervention, le projet « École et Société(s) inclusives » questionne à la fois pratiques quotidiennes et identités professionnelles des acteurs de l’école (enseignants, élèves, parents, personnels d’encadrement, de soin, etc.) au service d’une école inclusive qui s’appliquerait à la mise en œuvre tangible des principes affichés dans la loi de 2005. Ce projet nourrit les quatre sous-thèmes du laboratoire Icare : 1- Pratiques collaboratives (1A/2B) ; 2- Pratiques pédagogiques et didactiques (2A/2B) ; 3- Pratiques langagières (1B). 

 

Acronyme : ESI

Projet financé : oui

Montants obtenus (et demandes en cours) :

  1. : dispositif incitatif avec étude exploratoire des pratiques inclusives à La Réunion et à Mayotte (budget de 15 039€, obtenu)

  2.  : colloque VSI La Réunion et Mayotte : "Diversité de formations et de pratiques innovantes" : 22-24/10/18, à La Réunion, 29-30/10/18, à Mayotte (budget de 25 742€, obtenu)

  3. : recherche de financement en cours, pour une partie du projet (GesteProVSI), montant de 50.000€ (demande inscrite sous l’intitulé « Santé Éducation Inclusive » avec 2 actions : GesteProVSI (L. Pelletier) et NumEducSante (G. Lefer-Sauvage)

 

Membres Icare impliqués :

=> Responsable du projet Interfaces ESI : Liliane Pelletier

=> 12 chercheurs d’Icare (8 permanents et 4 associés) et 3 étudiantes issues du master MEEF “Recherche en éducation”

=> Les pratiques collaboratives (sous le prisme du paradigme interculturel [sous-thème 1A] et du développement de gestes professionnels [sous-thème 2B]) : Liliane Pelletier, Jacques Kerneis, Gaëlle Lefer Sauvage, Philippe Charpentier, Georgeta Stoïca

=> Les pratiques pédagogiques (sous l’angle des médiations dans les apprentissages [sous-thème 2A]) et didactiques (sous l’angle des transformations de la professionnalité enseignante [sous-thème 2B]) : Maryvonne Priolet, Michaël Vauthier, Christian Petit, Flavie Plante, Gaëlle Lefer Sauvage, Sandrine Marvilliers, Chantal Martinez

=> Les pratiques langagières (sous l’angle des approches plurielles, de l’intercompréhension  et de la contextualisation des apprentissages [sous-thème 1B]) : Thierry Gaillat, Liliane Pelletier

 

Partenariats 

LISIS (Hep Vaud, Suisse) ; UQAM et Université de Montréal (Québec, Canada) ; APAJH Réunion et Mayotte ; Académie de La Réunion

 

Contexte de la recherche

Trois éléments majeurs ont favorisé l’émergence du projet d’interfaces : 1- la création d’un certificat d’aptitude professionnelle aux pratiques de l’éducation inclusive (CAPPEI, rentrée 2017) ; 2- la création d’un master MEEF en formation continue, intitulé « accompagnement et intervention auprès des publics dits à besoins éducatifs particuliers » (AIBEP, accréditation 2015) ; 3- la rencontre au cours de l’automne 2016 avec D. Odier-Guedj (UQAM/Cerfa), dont les recherches portent sur la scolarisation des élèves ayant des troubles et l'accompagnement de leurs enseignants vers des pédagogies interactionnelles, avec la prise en considération de la place des familles et de la culture, dans une perspective inclusive. Cette chercheuse québécoise a pu apporter son expertise ainsi qu’un accompagnement solide pour le démarrage du projet sous le titre « Vers une société inclusive » (VSI) de juin 2017 à décembre 2018 et, depuis janvier 2019, sous l’intitulé « École et société(s) inclusives ». Le projet ESI inscrit enfin sa réflexion dans le cadre de la concertation organisée par Sophie Cluzel « Ensemble pour une École Inclusive », en lien avec plusieurs acteurs associés (représentants des associations des personnes handicapées, parents d’enfants handicapés, organisations syndicales, collectivités territoriales et des parlementaires) qui a été lancée auprès du CNCPH (Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées), le 22 octobre 2018.

L’objectif de ce projet transversal est donc double : dresser un état des savoirs des pratiques inclusives à La Réunion et à Mayotte et conduire des recherches participatives pour développer des pratiques collaboratives et inclusives de la maternelle à l’université, touchant aussi bien les jeunes que les adultes en formation.

 

Cadre théorique

En référence aux nombreux travaux sur la contextualisation (Marcel, 2002 ; Sauvage Luntadi et Tupin, 2012 ; Wallian, 2018 ; Alaoui, 2018), l’éducation inclusive s’envisage sous condition de prendre la contextualisation comme cap (Pelletier et Marcel, 2018), faisant ainsi une place privilégiée au champ de l’action sous influence d’une pluralité de contextes et autorisant la mise en place de dynamiques inclusives.

=> Modèle de développement humain en contextes (Fougeyrollas, 2010 ; RIPPH, 2018).

=> Articulation entre le paradigme de la complexité (Morin, 2000) et celui de l’interculturel (Abdallah-Pretceille, 2003).

=> Concept de diversité en éducation (Prud’homme, 2007, Prud’homme et al., 2011) et celui d’altérité (Abdallah-Pretceille, 1998, 1999).

=> Concept de société inclusive (Gardou, 2016 ; Prud’homme et al, 2016 ; Rousseau, 2015, Thomazet, 2008, 2015).

=> Modèle de la situation de handicap pédagogique (Trépanier, 1999).

 

La question de l’inclusion repose sur une transformation, y compris pour le chercheur, des fondements à partir desquels les relations humaines sont bâties. Le changement est un objet complexe à appréhender parce que difficile à caractériser. Morin (1994) le définit comme une succession de ruptures précédant des réorganisations auto-génératrices de nouvelles perturbations et de nouveaux déséquilibres. Baluteau (2003) confirme cette idée en définissant le changement [social] comme « un processus à forte imprévisibilité et à complexité causale, bien loin des interprétations évolutionnistes et progressistes » (Baluteau, p. 9-10). Le changement et la mise en place de dynamiques pour une école et une/des société(s) réellement inclusives, est un processus lent et c’est pourquoi plusieurs étapes paraissent nécessaires pour l’accompagner.

 

Démarche de recherche-intervention (Marcel, 2015 ; Marcel et Péoc’h, 2013 ; Mérini et Ponté, 2008), selon deux visées :

- de l'élaboration de connaissances scientifiques : visée du « SUR » portée par la recherche ;
- du « traitement » de la demande sociale : visée du « POUR » portée par l’intervention.

La mise en œuvre respecte deux principes, au cœur de la relation chercheur / société :

- la mobilisation d’une démarche participative (principe du « AVEC »).

- le pari de penser le dispositif comme émancipateur (principe du « PAR »).

 

Problématisation et hypothèses 

Le programme scientifique ESI est pluriannuel et repose sur l’alternance entre des études/recherches et des étapes de valorisation/restitution dynamique/formation auprès des acteurs. Ce projet porte sur l’analyse de dynamiques inclusives à destination d’un public d’apprenants (enfants/adultes) selon trois angles :

  • Les pratiques collaboratives (sous le prisme du paradigme interculturel [sous-thème 1A] et du développement de gestes professionnels [sous-thème 2B]) ;

  • Les pratiques pédagogiques (sous l’angle des médiations dans les apprentissages [sous-thème 2A] et didactiques (sous l’angle des transformations de la professionnalité enseignante [sous-thème 2B]) ;

  • Les pratiques langagières (sous l’angle de la contextualisation des apprentissages [sous-thème 1B]).

 

L’hypothèse générale repose sur l’accompagnement du changement pour réussir le pari d’une éducation pour tous, repensant le positionnement de la recherche en éducation par rapport à la demande sociale. Du point de vue méso-systémique, nous soutenons l’idée de repenser les fondements d’une formation enseignante dont le socle repose sur la diversité en éducation pour une école ou institut de formation, réellement inclusive. En référence aux travaux de Mérini et Thomazet (2014a, 2014b), un espace professionnel qualifié d’intermétiers sous-tend à la fois un travail collaboratif mais aussi des tensions liées aux règles d’action spécifiques de chacun des acteurs, ce qui nécessiterait sans doute des temps de formations interprofessionnelles. Enfin, au plan micro, si l’inclusion scolaire semble relever d’un « allant de soi », le passage à l’acte s’avère être hautement complexe. Le modèle de la situation de handicap pédagogique (Trépanier, 1999) qui définit l’obstacle comme une entrave à la relation d'apprentissage, peut aider à la compréhension des situations complexes en contextes, en identifiant ces obstacles (impropriété/interférence) dans les pratiques enseignantes. Les environnements matériels ordinairement handicapants, freinent les innovations pédagogiques et/ou didactiques, et c’est pourquoi il est nécessaire d’inscrire le changement dans la durée, de l’accompagner par un programme de formation spécifique pour pouvoir le penser en termes de flexibilité et d’adaptation permanente pour un apprentissage constant.

 

Chaque action au sein des trois domaines [Pratiques collaboratives (1A/2B) ; pratiques pédagogiques et didactiques (2A/2B) ; pratiques langagières (1B)] bénéficie également de ses hypothèses propres.

 

Méthodologie et perspectives d’analyse 

La R-I est à la fois un dispositif de mise en altération et un outil de recueil des données. En premier lieu, elle permet de confronter les points de vue, de questionner les acteurs sur l’évolution du regard de l’école/la société sur le handicap et d’accompagner le changement des pratiques. En second lieu, la R-I devrait éclairer ce qui se dégage des réactions réflexives et critiques à propos de l’intermétiers, du processus de construction d’un collectif, des situations de handicap pédagogique (obstacles), des modifications dans les pratiques (facilitateurs), de la transformation des professionnalités et enfin, du développement des acquisitions langagières en contextes plurilingues chez les apprenants.

 

Chaque action au sein des trois domaines [Pratiques collaboratives (1A/2B) ; pratiques pédagogiques et didactiques (2A/2B) ; pratiques langagières (1B)] bénéficie également de sa méthodologie propre.

 

Terrain investigué 

Les terrains investigués sont nombreux et se situent au sein des trois domaines :

Pratiques collaboratives (1A/2B)

  1. Le collectif parents-école au sein du dispositif académique des classes passerelles - Académie de La Réunion (Liliane Pelletier)

  2. Le « collectif » étudiants-chercheurs - CUFR de Mayotte (Jacques Kerneis, Gaëlle Lefer Sauvage, Philippe Charpentier, Georgeta Stoïca)

Pratiques pédagogiques et didactiques (2A/2B)

  1. Cohérence cardiaque et éducation en classes primaires – Académie de La Réunion (Michaël Vauthier)

  2. Pratique du Qi Gong et bien être des élèves en classe de terminale L - Académie de La Réunion (Christian Petit)

  3. Du témoignage au savoir d’expérience en EFTS : vers l’inclusion des personnes “vulnérables” – La Réunion (Flavie Plante)

  4. Pratiques pédagogiques en école élémentaire – Mayotte (Maryvonne Priolet)

  5. Pratiques pédagogiques au primaire et en collège - Académie de La Réunion (Chantal Martinez)

Pratiques langagières (1B)

Les interactions langagières au sein du dispositif académique des classes passerelles - Académie de La Réunion : élèves de moins de 3 ans, parents d’élèves, équipe éducative (Thierry Gaillat et Liliane Pelletier)

 

Résultats attendus / Retombées 

=> Repérage d’obstacles et de facilitateurs au sein des dispositifs étudiés ;

=> Conception, mise en place, accompagnement de dynamiques inclusives au service d’une pleine participation et de l’apprentissage de tous ;

=> Accompagnement du changement dans les espaces intermétiers et développement de gestes professionnels d’ajustement et de négociation pour des métiers adressés à autrui ;

=> Repérage d’une dynamique des asymétries en contextes inclusifs et construction de nouvelles formes de professionnalité (territoires, frontières, temporalités) ;

=> Mise en place de dispositifs de formation initiale (créer un socle de connaissances à partager) et de formation continue (mise en place de dynamiques inclusives à partir du socle de connaissances partagées) ;

=> Modélisation d’un format de recherche interventionniste au service d’une école réellement inclusive.

 

Perspectives de valorisation

=> Adhésion de Jacques Kerneis, Liliane Pelletier et Maryvonne Priolet au Laboratoire International Sur l’Inclusion Scolaire (LISIS) et accueil des 3 chercheurs Icare au sein de trois groupes thématiques (février 2019).

=> Journées d’études avec Charles Gardou (Université de Lyon, fin février 2020), en partenariat avec l’APAJH Réunion.

=> Au-delà… Création d’un centre de ressources de l’éducation inclusive à La Réunion et à Mayotte.